SÈME LE VENT de Danilo Caputo

SÈME LE VENT de Danilo Caputo

C’est comme un mauvais rêve. Je rentre chez moi à Tarente, j’ai plaqué la fac d’agronomie, ma vie en Italie du nord et je tombe sur un monde défiguré. Une mère alitée dans un profond mutisme, un père menteur et joueur, endetté jusqu’au cou, des oliviers qu’on arrache, une terre souillée… C’est ma vie, je n’ai que 24 ans et je n’ai pas d’autre choix que de me battre pour cette terre, celle de ma grand-mère que j’ai aimée, qui m’a tout appris.

Notes d’intention

Grandir à Tarente, dans le sud de l’Italie, c’est grandir entre la beauté sèche de la nature méditerranéenne, les lumières fantasmagoriques de l’usine, les nuages de fumée qui se perdent dans le crépuscule, le fermes de pierre et les villages de béton, les flammes de la raffinerie et celles des rituels païens hérités depuis la nuit des temps. Beauté et laideur, traditions archaïques et industrialisation, le tout en un seul lieu.

Ces images toutes en contraste font partie de moi, j‘ai grandi avec elles. L’attachement que j’ai pour ces plaines brûlées par le soleil est le même attachement que ressent Nica, la protagoniste de Sème le Vent. La rage qui m’habite par ce qui a été fait à cette terre, maltraitée, humiliée, pillée, est la même rage qui coule dans les veines de Nica.

Ayant grandi avec sa grand-mère, Nica a hérité d’une culture qui désormais n’existe plus, enterrée sous les faux rêves de l’industrialisation. En c’est à partir de cette culture éteinte que Nica veut imaginer un avenir différent. Mais sa vision du monde est destinée à entrer en collision avec celle de Demetrio, son père : si pour Nica la nature est source de toute vie, pour Demetrio elle n’est qu’un citron à presser avant de le jeter.

Sème le vent n’est pas un film sur la pollution. Ou mieux, c’est un film sur une forme rare de pollution, la pollution mentale, ce mélange de résignation et d’inertie qui frappe les habitants de Tarente. C’est un appel à la rébellion, une invitation à imaginer un futur différent à partir du passé : il ne s’agit pas de revenir à la vie de nos grands-parents, mais repartir de là pour imaginer un futur différent. Dans le travail sur le scénario, Milena Magnani et moi avons essayé de construire une histoire qui parle de personnes concrètes, plongées dans des endroits qui existent vraiment, mais où la sensation de réalité entre en court-circuit avec des éléments antinaturalistes qui amènent le film vers une dimension autre, une dimension de fable, de légende.

Au départ de l’écriture très vite s’est imposée la forme d’un journal de Nica, à la première personne. Puis le scénario nous a contraint à passer à la troisième personne, mais je continue à imaginer le film comme une expérience immersive, comme un voyage dans le monde, tel que le voit et l’écoute Nica : un film à la première personne. Plutôt que rendre le point de vue d’un observateur externe, la photographie et le son devront rendre le monde non tel qu’il est mais tel que le perçoit Nica : un monde aux couleurs vives, contrastées, un monde dans lequel même le moindre bruit mérite attention. Car si le rapport de Nica à la nature passe à travers l’écoute, il est alors essentiel que le spectateurs entende ce qu’elle entend : un monde dans lequel les arbres crépitent et les escargots grincent. 

Point de départ. Il y une phrase que l’on peut souvent lire sur les murs de Tarente : « L’avenir n’est plus ce qu’il était »… Dans la région italienne des Pouilles le chômage des jeunes atteint les 31 %.

Dans les 10 années qui suivent l’ouverture en 1961 à Tarente de l’une des plus grandes usines sidérurgiques d’Europe, trente mille agriculteurs abandonnent la campagne pour aller travailler à l’usine. En quelques années, les petits villages de béton remplacent les maisons de tuf, les rêves de l’Italie industrialisée enterrent les valeurs de la culture paysanne, la télévision contamine les dialectes. Durant ces mêmes années, des pratiques courantes comme la magie rituelle et le tarentisme sont étiquetées comme superstitions ridicules et se voient délaissées. Une « mutation anthropologique », observait Pasolini en 1974. C’était la fin d’une ère.

Ayant grandi avec une grand-mère qui était considérée comme une sorcière par les gens du village, Nica est la seule héritière de cette culture désormais éteinte : elle connait la terre, aime ces valeurs, sait faire résonner ces obscures formules magiques. C’est une fille dotée d’une forte sensibilité, hors de son temps : elle ne ressemble ni à ses parents ni aux personnes de son âge. Tandis que tous autour d’elle semblent agités de préoccupations immédiates, Nica vit dans une temporalité liée à la nature. L’avenir lui tient à cœur.

Face à une réalité parsemée d’épreuves et au progrès qui ne tient pas ses promesses (l’usine est en crise et plus de 100 000 personnes ont abandonné la province de Tarente ces vingt dernières années), Nica comprend que le passé est la seule clé pour réactiver l’avenir. Maintenant que le bien-être promis par l’industrialisation s’est révélé chimérique, maintenant que la veille génération lutte pour rester à flots tandis que les jeunes se laissent transporter par l’inertie, Nica pressent que la seule façon que l’avenir redevienne ce qu’il était est de regarder derrière, dépasser les illusions du faux progrès et recommencer là où la génération des grands-parents s’était arrêtée.

Sa sensibilité et ses idées la rendent non seulement étrangère au monde dans lequel elle vit mais déclenchent également un conflit inconciliable avec son père. Mais Nica n’est pas Œdipe, elle ne se dresse pas contre son père pour prendre sa place, elle se rebelle pour continuer à vivre.

Les lieux de l’histoire. Le contraste entre l’hyper-réalisme du quotidien et l’irréalisme absolu des irruptions magiques a un très fort potentiel visuel. Le magique ne doit pas imprégner tout le film ; il doit plutôt consteller la noirceur de l’intrigue et ainsi apparaître dans son étrangeté salvatrice. Ce contraste, déjà présent dans le récit, peut être accentué à travers le choix des lieux de tournage et des décors. Plutôt que situer l’histoire dans un des pittoresques villages qui ont rendu les Pouilles célèbres, on la situera dans un petit village anonyme et laid, un agglomérat de pavillons en béton construits à partir des années 60. Les campagnes environnantes seront marquées par la dégradation et la désolation, en contraste avec la nature de Nica, une nature vivante et puissante.

TRAILER

FESTIVALS

CANNES 2016 ATELIER DE CANNES
TURIN 2016 Torino Film Lab

 VISUEL

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IMAGES SUPPLÉMENTAIRES

CREDIT

auteur-réalisateur DANILO CAPUTO
co-auteur MILENA MAGNANI
producteurs MARIANNE DUMOULIN  JACQUES BIDOU  PAOLO BENZI
productions  JBA PRODUCTION (France)  OKTA FILM (Italie)
casting ND
image ND
montage ND
son 
année de production 2018
n° RPCA 
durée prévisionnelle 90′
formats 
versions: 

 

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